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Pourquoi le yoga classique peut faire du mal après une agression sexuelle ?

  • Marion Yana Yoga
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Il y a quelques années, j'ai essayé de me remettre au yoga.

Pas pour la première fois. Pas avec beaucoup de conviction non plus. J'entrais dans un studio, je déroulais mon tapis, j'essayais de suivre. Et quelque chose, systématiquement, se bloquait.

Le prof disait "ferme les yeux". Je les fermais. Mais mon système nerveux disait non.

Le prof disait "fais confiance à ton corps". Mon corps, lui, avait ses propres raisons de ne pas être de confiance.

Le prof disait "lâche prise". Et moi je pensais : lâcher prise de quoi exactement ? De la seule chose qui me maintenait debout ?

J'ai cru pendant longtemps que je faisais mal le yoga. Que j'étais trop dans ma tête. Trop rigide. Pas assez disponible. Que c'était encore un truc que je ratais.

Ce n'était pas ça.


Ce que le yoga classique ne sait pas sur toi

Le yoga mainstream a été conçu dans un contexte précis. Avec une certaine image du corps. Une certaine idée de ce que "aller bien" veut dire.

Ce contexte-là ne prend pas en compte ce que ton corps a traversé.

Quand tu as vécu des violences sexuelles, ton corps n'a pas juste "vécu un événement difficile". Il a réorganisé toute son architecture intérieure pour te maintenir en vie. Ton système nerveux a appris à scanner l'environnement en permanence. Tes muscles ont mémorisé la tension comme état par défaut. Ta respiration s'est adaptée. Ton cerveau a développé des stratégies, dont la dissociation, pour rendre le quotidien supportable.

Ce n'est pas un dysfonctionnement. C'est de l'intelligence pure.

Le problème, c'est que le yoga classique arrive avec ses injonctions et ses certitudes dans un corps qui a ses propres règles de survie. Et ça peut faire très mal.


"Reconnecte-toi à ton corps"

C'est la phrase que j'entends le plus dans les espaces bien-être. Dite avec bienveillance, souvent. Dite sans comprendre ce qu'elle demande, toujours.

Se reconnecter à son corps quand ce corps a été un lieu de danger, c'est pas une question de volonté. C'est neurobiologique.

Quand ton système nerveux a enregistré que les sensations corporelles = menace, lui demander soudainement d'accueillir toutes ces sensations dans un cours collectif, sous la lumière des néons, avec une musique new age et un inconnu qui peut t'ajuster sans prévenir... c'est lui demander de trahir des années de stratégies de protection.

Résultat possible : dissociation plus intense. Flashback. Crise d'angoisse. Ou juste cette impression vague et épuisante d'être encore plus étrangère à toi-même en sortant qu'en entrant.

Et ensuite, la culpabilité. Parce que le yoga "ça devrait aller mieux". Parce que "les autres y arrivent".

Non. Les autres ont juste des histoires différentes.


Ce qui se passe concrètement dans un cours classique

Quelques exemples concrets de ce qui peut être déclencheur et que la plupart des profs ne savent pas :

Les ajustements physiques sans demande préalable. Une main dans le dos, une pression sur les épaules, une correction des hanches. Dans un corps qui a vécu des violations, le toucher non consenti, même bienveillant, même professionnel, peut déclencher une réponse de survie immédiate. Freeze. Dissociation. Hypervigilance.

L'injonction à fermer les yeux. Garder les yeux ouverts est une stratégie de sécurité. Pour beaucoup de survivant.es, c'est la façon dont le système nerveux surveille l'environnement. Demander de les fermer, c'est demander de désactiver une alarme qui tourne depuis des années.

"Fais confiance à ton corps". Cette phrase présuppose que le corps est un allié. Pour quelqu'un dont le corps a été utilisé contre sa volonté, c'est une phrase qui peut sonner comme une blague cruelle.

La mixité. Dans un espace où des hommes cis sont présents, le corps peut rester en vigilance toute la séance. Impossible de déposer quoi que ce soit quand le système nerveux surveille.

La progression, la performance, le "plus loin". Quand l'objectif c'est de s'améliorer, d'aller plus profond dans la posture, de progresser : on reproduit exactement la logique que ton corps essaie de fuir. Celle du corps-objet à optimiser.


Ce que le yoga trauma-informé fait différemment

Ce n'est pas un yoga "doux" au sens gnangnan du terme. C'est un yoga qui part d'un principe radicalement différent : ton corps n'a pas besoin d'être réparé. Il a besoin d'être respecté.

Concrètement, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que chaque posture est une invitation. Pas une instruction. Tu peux la faire, la modifier, l'ignorer, t'allonger à la place. Ton corps décide.

Ça veut dire qu'on ne touche jamais sans demander. Et que "non" est une réponse complète.

Ça veut dire qu'on ne te demande pas de fermer les yeux si tu ne le sens pas. Garder les yeux ouverts, c'est accueilli. Gigoter, c'est accueilli. Pleurer, c'est accueilli. Ne rien ressentir du tout, c'est accueilli.

Ça veut dire qu'il n'y a pas d'objectif. Pas de progression à mesurer. Pas de "la semaine prochaine tu iras plus loin". Juste : est-ce que tu es là ? Est-ce que tu peux respirer ? C'est assez.

Ça veut dire que le système nerveux parasympathique, celui qui dit au corps qu'il peut enfin déposer, est sollicité doucement, progressivement, sans forcer la main.


Pourquoi j'enseigne ça

Comme beaucoup trop d'entre nous, j'ai vécu ma part.

Pendant les quinze années qui ont suivi, j'ai survécu comme j'ai pu. La dissociation était ma meilleure amie. Mon corps était un endroit où je n'habitais pas vraiment.

Le yoga s'est présenté discrètement, sans fanfare. Quelques cours pris au hasard, sans conviction. Il a fallu du temps, beaucoup de temps, pour réaliser ce qui se passait. Que je commençais, timidement, à revenir.

Pas grâce au yoga de la performance. Pas grâce aux ajustements, aux injonctions, aux sourires forcés.

Grâce au temps. À la thérapie. À la lecture, à l'écriture, aux cours de danse, aux balades dehors, aux gateaux que j'ai cuisiné... Et à quelques cours de yoga qui m'ont appris doucement que mon corps pouvait être un endroit vivable.

Yana Yoga, c'est le cours que j'aurais voulu trouver quand j'étais dans le brouillard. Un espace sans hommes cis, sans pression, sans bullshit spirituel. Pour les corps dissociés. Pour les survivantes. Pour celleux qui habitent leur corps de loin.

Tu n'as pas besoin d'être prêt.e. Tu n'as pas besoin d'aller mieux. Tu as juste besoin d'un endroit pour déposer.


Ce que la recherche dit

Ce n'est pas que de l'intuition. Le yoga trauma-informé (TCTSY) est aujourd'hui le seul protocole de yoga validé scientifiquement dans la prise en charge du trauma. Une étude sur 64 femmes vivant avec un TSPT chronique résistant aux traitements a montré que la pratique était aussi efficace que les thérapies recommandées en première ligne, dont l'EMDR et la TCC.

Ce que ça veut dire concrètement : ton système nerveux peut apprendre à se réguler. Pas par la force. Pas par la volonté. Par la répétition douce d'expériences corporelles sécurisantes.

C'est lent. C'est non-linéaire. Certains jours tu ressens, d'autres tu ne ressens rien. Les deux sont valides.

Il n'y a pas de ligne d'arrivée. Il y a juste : aujourd'hui, est-ce que j'ai pu être là un peu plus qu'hier ?


Si tu te reconnais dans cet article

Tu n'es pas cassé.e. Tu n'as pas raté le yoga. Le yoga mainstream n'était tout simplement pas fait pour toi.

Si tu cherches un espace de yoga trauma-informé à Marseille ou en ligne, sans performance, sans hommes cis, sans injonction à aller mieux, c'est exactement ce que je propose chez Yana Yoga.

Le premier cours d'essai est à 5€. Tu peux partir si ça ne te convient pas. Personne ne te demandera pourquoi.

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